Critique : Murakami Ryû, Miso Soup, 1997

Murakami Ryû nous as habitué au thème d’Eros et Thanatos, sexe, mort et décadence dans un Japon moderne qui a perdu son âme. Cependant ce roman est peut-être le plus dur ; et le lecteur peut ressentir à quel point il a dû être difficile – au sens moral – à écrire.

Car c’est une catharsis, une libération, une purification que tente Murakami, ou comme il le dit lui-même, il joue aux éboueurs avec Miso Soup. Dans le roman, le trouble-fête qui en est chargé est un Américain standard, mythomane, fantastique – au sens de Huysmans, et banal, qui arrive au Japon avec en main son magazine spécialisé sur les lieux de débauche de Tôkyô.

Une grande anxiété, puis une profonde angoisse, une inexprimable et inexplicable paranoïa s’empare petit à petit du guide japonais de ce “Frank”, trop familier de ce monde d’ordures, et lui-même en couple avec une lycéenne, thème que Murakami a aussi plusieurs fois repris dans son oeuvre – peu après l’arrivée de Frank, c’est aussi un meurtre d’une lycéenne qui se prostituait qui déclenche les doutes du guide… jusqu’à l’apothéose finale.

Un grand Murakami, sans complaisance.

Cerise

Deux moitiés se rencontrent

Et forment une beauté simple,

Car un baiser cerise

De cette tendresse si pure

En a scellé le bonheur.

Et peut-être avant l’heure,

Ou bien juste en son temps,

Annonce ainsi le printemps

De vies piégées par l’hiver.

Adieu, lourds corbacs,

Adieu, mouettes rieuses,

Adieu, oiseaux de malheur,

Car désormais, c’est à cet être frêle,

Cette messagère des dieux,

Si tendre, et si belle,

D’emporter vers les cieux,

Tant de nouveaux sentiments.

Bonjour, chère hirondelle,

Apporte-lui mon coeur,

Pour qu’à nouveau près d’elle,

Il goûte un peu au bonheur.

Nous nous retrouvons enfin

Et sans besoin de mots

Laissons parler la tendresse.

La beauté, l’évidence

Méritent le silence,

Une étreinte, un baiser,

Et puis quelques caresses.

Et tout est bien, et tout est un,

Et chacun à sa place.

Notre bénédiction cerise

Marque nos vies printemps

De son sceau évident

Qui personne ne vise,

Nous a trouvés, pourtant.

Et si tu devais, petite hirondelle,

Ne jamais revenir,

Prendre peur, et t’enfuir ;

Ton souvenir à jamais,

Ta marque pour toujours

A rendu à cet automate

Des trésors à jamais perdus.

Merci donc pour toujours,

Merci donc à jamais,

Et vivons pour vivre encore,

Dans le souvenir, mon amour,

D’un monde sans douleur,

D’une nature moins dure.

Eternelle, éphémère,

Amie, seule, tu as réussi,

A faire de ces années amères

Une vie arc-en-ciel.

Et dans le bleu du ciel,

Dans le bleu de la mer,

Que je distingue maintenant,

Je me plais à admirer,

Pour toujours, pour jamais,

Ton petit coeur palpitant,

Tes belles qualités,

Tes adorables défauts.

Enfin, pour nous, en un mot,

Si tu le veux, ma douce et pure,

Est venu le temps du repos.

17.1.2016, à Jena.

Nostalgie

La souffrance des oiseaux

Se reflète dans l’eau

Chantant un air vieilli

Sur lequel tu danses

Ainsi se laisse à la lumière de la lune

Entrevoir la beauté de la vie

Le bleu argenté de l’existence

10.1.2015, à Rennes.

Au-dessus des nuages

As-tu rêvé, être ailé, voler au-dessus des nuages

Les yeux levés vers le ciel, dans le dos te poussent des ailes

Mais quelle est leur utilité, si elles ne peuvent t’emporter

Au-dessus des nuages

Si tu apprends à aimer, elles battront d’elles-mêmes

Et malgré la douleur qui te serrera le coeur

Tu seras enfin heureux d’avoir trouvé l’infini

Au-dessus des nuages

 

31 mai 2006, à Poitiers.

Dans la brume de ma vie

Dans la brume de ma vie,

Dans l’ombre de mon coeur,

Me manque cette chaleur

Qui toujours me fuit.

Quand soudain je te vois,

Apparue du néant,

Franche et tendre à la fois ;

Ou bien n’est-ce que moi

Qui dans ton regard franc

Peux contempler ton âme ?

Admirer cette flamme

Qui te consume du dedans ?

Et aperçoit dans ton coeur

De multiples couleurs

Aux nuances infinies ?

Ce regard fier,

Qui attire, exaspère,

Amie, je l’aime tant.

Dans ce monde triste et gris

Que tu tranches avec ces gens

Qui détestent leur vie.

Droite et fière,

Forte et fragile,

Inquiète et sévère,

De ce simple regard,

Amie, tu m’as conquis.

Je suis hypnotisé,

Happé dans les tréfonds de ton être

Que je voudrais admirer

Jusqu’à la fin des temps.

Je veux me réchauffer

A la lumière de ton âme.

Je veux me lover

Au fin fond de ton coeur.

Me blottir contre toi,

T’enlacer dans mes bras,

Te murmurer mon amour.

Jusqu’à ce qu’un matin

Tu me quittes, sans un bruit.

Jusqu’à ce que, libre et sauvage,

Tu te libères de cette cage,

Et reprennes le chemin, amie,

De ta propre vie.

Ma lionne chérie,

Celle que j’aimerai toujours

Parce que désormais

Tu fais partie de moi

Et que si mon coeur bat

C’est pour dire ton prénom.

Je voudrais pour le moins

Te dédier ce poème

Pour que jamais tu n’oublies

Que pour toujours, je t’aime,

Que tu es mon amie.

31.5.2014, à Rennes.

Critique : Pierre Loti, Madame Chrysanthème, 1888

Il est aisé de qualifier Pierre Loti d’orientaliste, de trouver dans les critiques parfois dures que le marin français a pour les coutumes japonaises un mépris, une condescendance. Ce serait pourtant mal le connaître que de le réduire à un amour de l’exotisme qui confinerait au racisme.

Le marin (car le récit est quasi-autobiographique) arrive en terre nippone avec beaucoup de préjugés, certes, mais des préjugés favorables, forgés déjà en occident, puis en Chine ; et surtout, il arrive avec une certaine ouverture d’esprit, ou du moins, une volonté de se laisser captiver, séduire non par son Japon rêvé, mais par le vrai Japon.

Quand le pays lui déplaît réellement, c’est d’abord parce qu’il ne s’appartient plus – du moins du point de vue d’un voyageur, étranger au pays dans toutes les acceptions du terme. La Nagasaki industrieuse, concessionnaire, moderne et ouverte au monde n’est certes pas une expression parfaite de ce qu’est l’esprit de la nation japonaise, et se retrouve bien mieux dans une compréhension fade et nivelante de la modernité.

L’histoire de la rencontre de Pierre Loti avec le Japon et avec Nagasaki est aussi l’histoire de sa rencontre avec Madame Chrysanthème, cette Japonaise d’abord fantasmée, puis crainte, puis rêvée femme. C’est en marin qu’il aborde Nagasaki, et on pourrait arguer que c’est en marin qu’il aborde Madame Chrysanthème. On ne sait trop si la déception qui pointe ça et là est due à ses fantasmes premiers, dont il attend pourtant qu’ils s’effacent bientôt devant la réalité, ou bien au contraire s’il s’interdit de voir en elle sinon son épouse, du moins sa femme. Un marin devrait-il être comblé par un pays, par un mariage arrangé, alors que l’un comme l’autre ne sont jamais pour lui qu’une étape ?

Mais au-delà de la romance que beaucoup attendent – c’est aussi que le titre est trompeur, et des nombreux préjugés ironiquement désavoués qu’a le lecteur en prenant en main ce grand classique, ce n’est ni une oeuvre légère, ni un Lafcadio Hearn qu’il faut s’attendre à lire. Il faut, avec l’ouverture d’esprit que l’on reproche au Français de ne pas avoir assez, se laisser conquérir par Pierre Loti, comme lui voudrait se laisser conquérir par son étape.

“A ce moment, j’ai une impression de Japon assez charmante”

C’est avec cet état d’esprit seulement que l’on peut apprécier sa valeur, ni en orientaliste, ni en Japonais, – ni surtout en romantique ! -, mais en tant que grand écrivain du Japon.

Madame Chrysanthème